09 novembre 2005

Et après, on tire à vue ?

La France est ce soir en état d'urgence.
Le symbole est grave car les précédents sont dramatiques : la guerre en Algérie (en 1955), le putsh des généraux (en 1961)ou la Nouvelle Calédonie (en 1984).
Les heures que nous vivons constituent plus "un cas de péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public" que Mai 1968, plus "un cas de péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public" que les attentats de 1986 (11 morts dans plusieus attentats dont le plus célèbre est celui devant le magasin Tati le 17 septembre), plus "un cas de péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public" que la vague d’attentats dans les RER et métro parisiens, attribuée au Groupe islamiste armé (GIA algérien) qui fera 10 morts.
L'urgence c'est presque la guerre ou du moins la peur d'une guerre civile prochaine. Alors aujourd'hui c'est qui l'ennemi ? Les jeunes ? Tous les jeunes de moins de 16 ans qui seront dans la rue après 22h ?

De quel arsenal répressif suplémentaire les 9500 policiers déployés avaient-ils un besoin si urgent ?
Besoin urgent d'"interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté" ?
Besoin urgent d'instituer "des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé" ?
Besoin urgent d'interdire de séjour "toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l'action des pouvoirs publics" ?
Besoin urgent de suspendre les élections partielles "dans les zones où l'état d'urgence est appliqué" ?
Besoin urgent d'assigner à résidence toute personne "dont l'activité s'avère dangereuse pour la sécurité et l'ordre publics" ?
Besoin urgent d'"ordonner la fermeture provisoire des salles de spectacle, débits de boissons et lieux de réunion" ainsi que "les réunions de nature à provoquer ou à entretenir le désordre" ?
Besoin urgent de permettre aux préfets et au ministre de l'intérieur d'ordonner des perquisitions à domicile "de jour et de nuit" ?
Besoin urgent d'"habiliter les mêmes autorités à prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections ciné-matographiques et des représentations théâtrales" ?
Besoin urgent d'"autoriser la juridiction militaire à se saisir de crimes, ainsi que des délits qui leur sont connexes, relevant de la cour d'assises de ce département" ; crimes pour lesquels "Aucune voie de recours, même en cassation, ne pourra également être exercée contre les décisions des juridictions d'instruction de droit commun statuant sur des faits prévus audit décret à l'exclusion de l'appel devant la chambre des mises en accusation" ?
in la "Loi instituant un état d'urgence (...) version consolidée au 16 juin 2000"

Cet arsenal répressif n'apportera pas le calme au mieux il dissuadera de passer à l'acte. Mais la rage ne sera alors que souterraine. Ces mesures martiales donnent à penser aux jeunes que certains d'entre eux peuvent ne plus seulement être des marginaux (des banlieusards, à la marge des villes), plus seulement des délinquants, plus seulement des rebuts de la société (des racailles) mais aujourd'hui des ennemis de la République.

Et après, on tire à vue ?