02 janvier 2006

La levée de l'état d'urgence

SarkoPen
Dès mercredi prochain l'état d'urgence devrait être levé. Cette nouvelle fait le tour de tous les médias. Exemple chez nos amis canadiens : Matinternet en fait la une de sa rubrique monde ; les médias internet comme boursier.com pareil ; les journaux : Le Monde, Libération, le Figaro, l'express, le nouvel obs, idem ; et bien entendu les agences comme Reuters dont le texte de la dépêche est largement reprise :

"(Reuters) - Jacques Chirac a décidé de mettre un terme à l'état d'urgence instauré en France en novembre pour répondre à la crise des banlieues.
Le chef de l'Etat, qui a reçu lundi matin le Premier ministre Dominique de Villepin "pour faire un point général de situation", a "décidé de mettre fin à l'état d'urgence à compter du 4 janvier 2006", a fait savoir l'Elysée.
"Cette décision est inscrite à l'ordre du jour du conseil des ministres du 3 janvier", ont précisé les services de la présidence de la République.
Décrété le 8 novembre et prolongé de trois mois le 18 novembre par une loi votée au Parlement, l'état d'urgence peut être levé par décret en conseil des ministres, dès lors, dit la loi, que les conditions ne sont "plus réunies ou justifiées".
Dominique de Villepin avait décidé de réactiver un dispositif législatif datant de la guerre d'Algérie et utilisé une seule fois depuis - lors de troubles en Nouvelle-Calédonie en 1984 - pour mettre fin à la crise des banlieues déclenchée par la mort de deux adolescents dans un transformateur électrique le 27 octobre à Clichy-sous-bois (Seine-Saint-Denis).
Les violences urbaines avaient cessé à la mi-novembre."

J'ai trouvé aussi très instructif la chronologie des événements d'associated press reproduit sur le site de nouvelles de Yahoo :

Chronologie des violences urbaines de 2005 (AP)
  • 27 octobre : trois adolescents croyant être poursuivis par la police se réfugient dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, meurent électrocutés. Un troisième adolescent est grièvement brûlé. Des centaines de jeunes mettent le feu à des voitures et à des magasins à Clichy-sous-Bois
  • 28 octobre : des émeutiers tirent à balles réelles sur un véhicule des CRS à Clichy-sous-Bois
  • 30 octobre : une grenade lacrymogène explose devant la mosquée de Clichy-sous-Bois, déclenchant la colère d'habitants de cette commune et de villes voisines
  • 31 octobre : les violences gagnent d'autres communes de Seine-Saint-Denis. Des jeunes lancent des cocktails Molotov contre des voitures, des magasins et des bâtiments publics. La police réplique avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Des incidents éclatent dans le quartier sensible de l'Ousse-des-Bois à Pau (Pyrénées-Atlantiques)
  • 1er novembre : une dizaine de villes de Seine-Saint-Denis sont touchées
  • 2 novembre : Jacques Chirac appelle au calme en déclarant durant le conseil des ministres: "Il faut que les esprits s'apaisent. Il ne peut pas exister de zone de non-droit en République".
    Les émeutes s'étendent à une vingtaine de communes d'Ile-de-France. Quatre coups de feu sont tirés en Seine-Saint-Denis contre des policiers et des pompiers, sans faire de blessé. Un individu asperge de liquide inflammable la passagère d'un bus munie de béquilles et allume le feu; la quinquagénaire est grièvement brûlée. On recense 315 voitures incendiées en Ile-de-France
  • 3 novembre : une information judiciaire contre X pour non assistance à personnes en danger est ouverte dans le cadre de l'enquête sur la mort par électrocution des deux adolescents à Clichy-sous-Bois. Le procureur de la République de Bobigny François Molins déclare que, d'après les premiers éléments de l'enquête, il n'y a "pas eu de course-poursuite" entre les jeunes et la police.
  • Après le "caillassage" de deux rames du RER B au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), un dispositif de sécurité est mis en place dans les trains circulant dans les secteurs "à risques". On recense 593 véhicules brûlés en France, dont 519 en région parisienne. Alors que Paris avait été épargnée jusqu'alors, sept voitures sont incendiées intra muros
  • 4 novembre : le Premier ministre Dominique de Villepin reçoit une quinzaine de jeunes des zones urbaines sensibles pour un échange sur la situation dans les quartiers. Les violences gagnent la province, notamment le Nord, l'Ille-et-Vilaine, le Bas-Rhin, les Alpes-Maritimes et la Haute-Garonne. Le nombre d'interpellations augmente (203)
  • 5 novembre : Dominique de Villepin reçoit à Matignon Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), et lui assure que la mosquée de Clichy-sous-Bois "n'a en aucune manière été visée par les forces de l'ordre".
    Un atelier de confection de cocktail Molotov est découvert dans un local désaffecté à Evry (Essonne). On recense 1.295 véhicules brûlés, dont 554 en province et 35 à Paris intra muros, ainsi que 349 interpellations. Graves incidents à Evreux (Eure)
  • 6 novembre : "Aujourd'hui, la priorité absolue, c'est le rétablissement de la sécurité et de l'ordre public", déclare M. Chirac dans sa première déclaration publique depuis le début des violences. On recense 1.408 voitures brûlées (record), 274 communes touchées, 36 policiers et cinq pompiers blessés, 395 interpellations. Violents affrontements à Grigny (Essonne) où deux policiers sont blessés par des tirs de fusil de chasse
  • 7 novembre : des violences urbaines, d'une moindre ampleur, sont signalées en Belgique et en Allemagne. Jean-Jacques Le Chenadec, un homme de 61 ans qui se trouvait dans le coma depuis trois jours après avoir été frappé alors qu'il tentait d'éteindre un feu de poubelle en bas de son immeuble à Stains (Seine-Saint-Denis), décède des suites de ses blessures. C'est le premier décès depuis le début des émeutes.
    Le Premier ministre Dominique de Villepin annonce que le gouvernement va autoriser les préfets à recourir au couvre-feu et qu'il a décidé d'appeler 1.500 réservistes, gendarmes et policiers, pour renforcer les 8.000 membres des forces de l'ordre présents dans les banlieues. On recense 1.173 voitures incendiées en France, 226 communes touchées et 330 interpellations
  • 8 novembre : le gouvernement prend le décret instituant l'état d'urgence dans les banlieues, afin de permettre aux préfets d'y appliquer des mesures de couvre-feu (loi du 3 avril 1955). La Somme devance la parution du décret en instaurant un couvre-feu pour les mineurs de 16 ans à Amiens. On recense 617 voitures brûlées (150 en Ile-de-France et 467 en province), 196 communes touchées et 280 interpellations
  • 9 novembre : au moins quatre autres départements prennent des mesures de couvre-feu: Alpes-Maritimes (à Nice et Cannes, notamment), Eure, Loiret, Seine-Maritime. On recense 482 voitures brûlées et 203 interpellations
  • 10 novembre : critiqué pour sa discrétion depuis le déclenchement des violences urbaines, Jacques Chirac s'exprime longuement, pour prendre acte du "problème" et annoncer qu'il en tirera les conséquences "le moment venu". Rendant hommage "au professionnalisme et au sang-froid des forces républicaines de sécurité", il appelle aussi à leur responsabilité les "parents des trop nombreux mineurs qui, souvent d'ailleurs poussés en avant par leurs aînés, ont participé à ces violences urbaines".
    La préfecture du Rhône et la préfecture de police de Paris, notamment, interdisent la vente de carburant au détail. On recense 463 voitures brûlées et 201 interpellations
  • 11 novembre : environ 200 personnes participent à Paris à un rassemblement pour réclamer l'arrêt des violences urbaines et demander au gouvernement "une écoute forte et sincère" des habitants des quartiers populaires. La mairie de Belfort interdit la circulation des jeunes de moins de 16 ans non accompagnés de leurs parents entre 21h et 6h de vendredi soir à mardi matin
  • 12 novembre : alors que des appels à des "actions violentes" circulent, la préfecture de police de Paris interdit tout rassemblement "de nature à provoquer ou entretenir le désordre sur la voie et dans les lieux publics" pour la période allant de samedi 10h à dimanche 8h
  • 14 novembre : le gouvernement décide de prolonger de trois mois l'état d'urgence à compter du 21 novembre. Après plus de deux semaines de violences, M. Chirac lance un appel solennel aux "filles et fils de la République" oubliés dans les quartiers, en affirmant sa "détermination" à lutter contre les discriminations à l'emploi, au logement, dans les médias ou dans les institutions.
    "Pour mieux aider les jeunes", ceux en difficulté en particulier, il annonce la création d'un "service civil volontaire" - qui regroupe une série de dispositifs déjà existants, des programmes liés au ministère de la Défense, de l'Intérieur, voire à l'Union européenne
  • 15 novembre : Dominique de Villepin se rend à la Maison de l'entreprise et de l'emploi dans la Cité des 3.000, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), effectuant ainsi son premier déplacement en banlieue depuis le début des violences
  • 16 novembre : le Parlement adopte le projet de loi prorogeant pour trois mois l'état d'urgence à compter du 21 novembre
  • 17 novembre : avec 98 voitures brûlées la nuit précédente, les forces de l'ordre annoncent un retour "à la normale" dans les banlieues françaises. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy déclare dans "L'Express": "La polygamie et l'acculturation d'un certain nombre de familles font qu'il est plus difficile d'intégrer un jeune Français originaire d'Afrique noire qu'un jeune Français d'une autre origine"
  • 18 novembre : Jacques Chirac reçoit à l'Elysée des jeunes issus des banlieues ayant eu un parcours exemplaire, 11 lauréats du concours "talents des cités", créé en 2002 pour récompenser les créateurs d'entreprises ou d'associations dans les banlieues françaises
  • 22 novembre : M. Chirac demande aux partenaires sociaux d'ouvrir des négociations sur les moyens de lutter contre les discriminations dans les entreprises
  • 24 novembre : lors d'un déplacement Jouy-le-Moutier (Val d'Oise) pour visiter le centre de formation par alternance de l'entreprise Veolia Environnement, Jacques Chirac lance un message d'optimisme aux jeunes des quartiers "que la société n'a pas aidés comme ils auraient été en droit de l'attendre".
    François Grosdidier, député UMP de Moselle, saisit le garde des Sceaux pour que soient engagées des poursuites judiciaires contre sept chanteurs ou groupes de rap dont Mister R, 113, Lunatic, Minister A.M.E.R, Smala, Fabe et Salif. A ses yeux, le déferlement de violence en banlieue était conditionné par une "idéologie sommaire" propagée par le rap
  • 27 novembre : le premier secrétaire du PS François Hollande demande la levée de l'état d'urgence
  • 1er décembre : Dominique de Villepin présente un plan pour l'égalité des chances avec notamment un "contrat de responsabilité parentale", un renforcement des aides aux zones d'éducation prioritaire (ZEP), l'ouverture à tous les jeunes des quartiers sensibles du contrat jeune en entreprise, la légalisation du "testing" et l'extension des zones franches urbaines.
  • 31 décembre au 1er janvier : 425 véhicules brûlés dans toute la France, contre 333 en 2004; pas d'affrontements.
  • 2 janvier : Jacques Chirac décide de lever l'état d'urgence. La décision est inscrite à l'ordre du jour du conseil des ministres du 3 janvier pour entrer en vigueur le 4.
L'analyse de fond qu'en fait Jean-François Dumont dans un editorial du Vif du 11 novembre reste à mes yeux un regard extérieur particulièrement pertinent :

Pourquoi cette explosion, aujourd'hui ? La mort atroce, par électrocution, à Clichy-sous-Bois, de deux jeunes hommes, pourchassés par la police ou se croyant tels - les versions divergent toujours - en fut l'élément déclencheur. Le combustible, lui, est fait d'une accumulation de facteurs dont le mélange, mis sous pression, devait forcément s'enflammer.
  • Les cités-ghettos. Ce que l'architecte Le Corbusier idéalisait dans sa Cité radieuse sur pilotis de béton, en 1947, à Marseille, a viré au cauchemar. Sa conception du « zonage fonctionnel » des activités humaines a engendré une monstruosité urbanistique : logés à l'extérieur des grandes villes (à l'inverse de la Belgique), les plus démunis y sont privés de brassage social et de la proximité des activités économiques.
  • La fracture socioculturelle. Population souvent majoritaire dans ces cités, les enfants et petits-enfants d'immigrés ne se sentent ni étrangers ni français. Sans accès à l'ascenseur social, certains ont trouvé refuge dans le repli identitaire, d'autres dans la délinquance.
  • Le durcissement des comportements. En dix ans, cette délinquance a emprunté des méthodes de plus en plus violentes (armes à feu, cocktails Molotov, guet-apens) qui ont soustrait certains quartiers au contrôle des forces de l'ordre. Le terrain était donc déjà en friche et aucune des exactions commises aujourd'hui n'est nouvelle en soi, notent les services officiels.
  • La contagion par les médias. Le pouvoir de l'image et la rapidité d'Internet ont trouvé un terrain particulièrement propice pour stimuler le mimétisme, jusqu'en Belgique et en Allemagne. Vieux paradoxe : témoin de la réalité, la télévision ne peut éviter de la modifier, pour le meilleur mais aussi le pire.
  • La misère économique. Le non-emploi chronique des moins qualifiés est une violence certes moins spectaculaire qu'un incendie nocturne, mais elle est aussi injuste et bien plus quotidienne. En banlieues, mondialisation économique et délocalisations industrielles ne sont pas des théories.
  • L'incurie politique. La détestable stratégie électorale de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et futur candidat à l'Elysée, s'en allant labourer les terres du Front national, avec son vocabulaire à la Rambo et sa démagogie sécuritaire, a offert un catalyseur aux émeutiers. Il serait trop simple, cependant, d'en faire le seul responsable politique des événements. Ni la gauche et son éphémère ministère de la Ville (1992), ni la droite et son appel à réduire la fracture sociale (1995) n'ont réalisé le dixième de leur généreux programme.
Parce que tous ces éléments ont pesé ensemble dans la déflagration, la réponse à y apporter ne peut en ignorer aucun. C'est dire à quel point la tâche des autorités concernées est colossale. Et à quel point les premières décisions annoncées à Paris paraissent dérisoires. Préalable indispensable, le rétablissement de l'ordre est l'affaire de quelques jours. Le reste, lui, ne pourra pas se contenter d'une augmentation de subsides aux associations et d'un coup de peinture fraîche sur la façade des HLM. La France doit retisser du lien social. Les témoignages de solidarité et d'espoir entendus aussi ces derniers jours dans les cités laissent penser que ce n'est pas impossible.

1 Commentaires:

Anonymous Anonyme a dit...

Ce ne sont que des copier-coller d'articles (notamment le vif l'express).

10:57  

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